Projet

L’association Roma- Dakar a été créée à Rome en septembre 2012 par des citoyens italiens et sénégalais. Elle compte en son sein des juristes, des sociologues, des militants, des écrivains et artistes animés par le but de mettre en valeur les processus amorcés par les déplacements des migrants, afin de  soutenir cette force de travail en mouvement  et d’offrir un soutien tangible et concret à celui qui part et celui qui retourne.

L’émigration du Sénégal à l’Italie est un phénomène de masse. Il existe désormais entre les villes d’Afrique et d’Europe une relation étroite, un pont qui unie les deux continents qui n’est pas encore parcouru. Les migrants sont des travailleurs qui se déplacent et produisent de la richesse. Ils sont protagonistes d’un phénomène partiellement connu et peu valorisé. Les échanges entre Rome et Dakar sont déjà une réalité et l’association Roma – Dakar entend les rendre plus évidents. Construire un pont entre Rome et Dakar constitue l’objectif principal de l’Association.

Les 11 et 12 décembre 2013 s’est tenu à Dakar un congrès sur le thème Construire un pont entre l’Italie et le Sénégal. Pour la défense du travail migrant” organisé par l’association Roma- Dakar, en collaboration avec d’autres organisations italiennes et sénégalaises et avec la participation financière du Ministère de l’Intérieur. Ont participé au congrès les représentants des institutions et associations sénégalaises et italiennes, des universités de Dakar UCAD et Roma Tre, du Ministère de l’Intérieur et des Ministères sénégalais du Travail et de l’Extérieur. Durant les travaux il a été beaucoup question des politiques migratoires, de l’immigration volontaire et de soutien aux projets de retour avec une attention toute particulière aux questions étroitement liées à la sécurité sociale et à la retraite. Au terme de la conférence internationale les représentants du syndicat INCA –CGIL, Claudio Piccinini , de l’association Progetto Diritti, Mario Angelelli, et Arturo Salerni, de Roma- Dakar , Cheikh Kébé et du Centre Doxandem, Francesca Grassi et Mambaye Diop, ont de concert demandé aux forces politiques parlementaires  italiennes de ne ménager aucun effort afin d’amener les deux états à ratifier une convention bilatérale en matière de sécurité sociale.

En effet, on sait  pendant des années , qu’ est en cours  entre l’Italie et le Sénégal  une négociation complexe pour la ratification d’un accord bilatéral sur les droits de Sécurité Sociale, qui permettrait aux travailleurs sénégalais d’exporter les prestations, de totaliser les cotisations sociales et de jouir de la retraite même en cas de rapatriement précédant l’âge de retraite. Malgré la rédaction de textes partagés par les deux gouvernements on est jamais arrivé à la signature définitive d’un accord.

Par conséquent sur la base des discutions nées du congrès des 11 et 12 décembre, l’association Roma -Dakar  faisant référence aux engagements pris, a obtenu  de la part d’un consistant groupe de parlementaires  italiens la  présentation  de l’interpellation numéro 2-00534, avec laquelle  a été  sollicitée l’adoption rapide d’un accord bilatéral avec le Sénégal. A travers cette initiative les parlementaires italiens ont demandé au Ministre du travail et au Ministre des Affaires Etrangères italiens de rapporter à propos de l’état “des  relations entre la délégation italienne et sénégalaise pour la ratification d’une convention en matière de Sécurité Sociale et si  l’intention de leur gouvernement  est d’œuvrer dans ce sens, quels sont les temps, les modalités et les contenus, pour reprendre les contacts avec le Sénégal pour l’adoption d’un accord bilatéral”.

Même si malheureusement la réponse du Gouvernement italien a été insatisfaisante, le 25 juin 2014 l’association Roma- Dakar  en collaboration avec Progetto Diritti et le Centre Doxandem a organisé à Rome à la Chambre des Députés une rencontre sur le thème: Les sénégalais vont ils en retraite? Ceci pour attirer vraiment l’attention des uns et des autres sur un thème aussi délicat et important.

Ont participé aux travaux des représentants des associations sénégalaises au niveau national et local, le monde syndical, des spécialistes italiens et sénégalais des droits sociaux, l’Ambassade du Sénégal à Rome et quelques représentants du Parlement italien. La député Chiara Gribaudo du Partito Democratico a exprimé sa propre volonté d’insérer le thème dans l’agenda parlementaire, avec l’organisation d’auditions, la prédisposition de motion pour engager le Gouvernement italien.  Arturo Scotto, député du parti Sinistra, Ecologia e Libertà, membre de la commission Extérieur  s’est inscrit lui aussi dans ce sens. Le Ministre sénégalais du Travail a à son tour envoyé ses félicitations aux organisateurs et exprimé son attention particulière au sujet.

Comme il a été mis en évidence lors de la conférence, les travailleurs sénégalais (et les étrangers en général) contribuent aux entrées de l’INPS (Institut National de Sécurité Sociale) en versant les cotisations sociales mais ne parviennent presque jamais à bénéficier de la retraite car ils rentrent souvent dans leur pays d’origine avant même d’atteindre l’âge établi ou encore le montant minimum de cotisations sociales prévues par la loi. Le résultat est que les immigrés payent chaque année 7 milliards d’euros de cotisations sociales mais ne reçoivent presque rien en terme de retraite. Bien que les étrangers dans notre Pays représentent presque 13% de la force de travail , ils perçoivent seulement 0,2% des pensions payées par l’INPS.

Pour corriger ce déséquilibre l’association Roma – Dakar et toute la communauté sénégalaise en Italie demandent que soit réactivé un’nstrument que dès le début du vingtième siècle a toujours accompagné les processus  migratoires: c’est à dire celui de la stipulation d’accords bilatéraux entre les pays d’émigration et ceux de destination. Nous réclamons dans ce sens la ratification d’un accord entre l’Italie et le Sénégal, afin de permettre finalement aux travailleurs immigrés sénégalais d’obtenir la pension de retraite au moment où ils décideront de retourner en patrie.

L’association Roma- Dakar entend se lancer et stimuler une campagne d’opinion pour la ratification d’un accord bilatéral entre l’Italie et le Sénégal sur les droits de Sécurité Sociale. L’association mettra en œuvre des moments de confrontation et de débats sur tout le territoire national italien, en symbiose avec les associations de sénégalais sensibles au thème. De la vive confrontation avec les problèmes et les attentes des travailleurs sénégalais pourraient naitre d’autres sujets de débats, entre autres le droit au retour “ volontaire et sûr “ au pays de  provenance, pour sceller un Project de migration circulaire couronné de succès.

Nous voulons que cette campagne de sensibilisation devienne un objet de débat et de réflexion commune entre l’Italie et le Sénégal.  Nous demandons que la diaspora sénégalaise dans son intégralité (où qu’elle soit), ainsi que les institutions et organisations qui ont en charge la défense des droits des sénégalais de l’extérieur , participent idéalement et matériellement  à une campagne de pression afin de pousser le Gouvernement italien à la signature de la Convention.

Le 25 juin 2015, dans la salle du Campidoglio (siège de la Commune de Rome) il s’est encore discuté de l’accès difficile des travailleurs migrants à la retraite et des difficultés qu’ils rencontrent à réaliser des projets de retour aux pays d’origine.

L’association Roma- Dakar a organisé une table ronde de discussion et de réflexion à laquelle ont participé des représentants de la société civile, du monde syndical, des institutions et  de l’associationnisme des émigrés.  Il a été lancé la proposition de  créer le “statut de l’émigré au retour”, une série de mesures telles que: la stipulation de conventions bilatérales entre l’Italie et les pays à forte affluence migratoire, le renforcement des programmes existants en matière de retour volontaire, la mise en place de régimes de retraite flexibles pour les travailleurs étrangers qui manifestent le désir de retourner au pays d’origine, l’expérimentation de la suspension du permis de séjour pour une période de trois ans pour ceux d’entre eux  qui tentent  un retour productif en patrie avec la possibilité de réactiver les droits de séjour en cas  d’entrée en Italie dans les délais préétablis.

La table ronde a été un moment de collecte d’histoires individuelles et d’analyses des problèmes (matériels et psychologiques) auxquels se heurte l’émigré qui décide d’entreprendre une  sorte  “d’émigration  au contraire” c’est à dire le retour en terre propre.  Au cours de la conférence d’autres propositions ont  été avancées  à savoir:

  • Créer un moment de réflexion au niveau national qui ouvrira aussi le dialogue avec les dirigeants de l’Institut National de Prévoyance Sociale (Inps) mais aussi avec les représentants du gouvernement
  • Faire usage de la possibilité actuellement permise par la législation en vigueur qui consent le payement en une unique solution de l ‘allocation de chômage (Naspi) pour permettre aux bénéficiaires de pouvoir entamer  des projets de travail autonome aussi à l’étranger
  • Destiner une partie des contributions sociales (en particulier, celles versées par les travailleurs étrangers pendant  le travail saisonnier) au financement d’un fond spécial auprès de l’Inps qui financera les projets des travailleurs migrants qui souhaiteront retourner
  • Solliciter une prise de position sur le thème des droits de retraite des travailleurs migrants de la part de l’Union Européenne afin d’entamer un dialogue avec les euro parlementaires et les organismes de Bruxelles
  • Instituer, de concert avec la société civile et les patronats, une liste des travailleurs étrangers qui quittent l’Italie avant l’âge de la retraite de manière à pouvoir les contacter quand ils en auront le droit.

Toutes ces propositions méritent un approfondissement car elles vont dans le sens  de l’instauration du “statut de l’émigré au retour”.  Des thèmes de ce genre seront toujours d’actualité au fur et à mesure que l’Italie devienne une terre d’émigration “mure”.

L’association Roma-Dakar s’engagera pleinement et continuera à œuvrer  pour l’ouverture d’un débat plus large et la réalisation d’initiatives concrètes.